Delphine Aubert

Les sièges de famille customisés

 

 

Reportage et portrait photographique noir et blanc

Photographies des fauteuils (DR)

Le 6 juin 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec son fauteuil en coquillages, la tapissière Delphine Aubert, L’atelier d. à La-Forêt-Fouesnant (29) a remporté fin mai, en duo avec le brodeur Pascal Jaouen, le concours régional pour la Bretagne de la fondation des Ateliers d’Art de France. Finale nationale en septembre pour cette artisane, ancienne spécialiste en marketing venue de la grande distribution.

« J’aime son travail. Elle customise un élément usuel en quelque chose de très contemporain, artistique. Elle sublime, elle embellie de façon originale. Elle est très méticuleuse, raffinée. Elle a une exigence ». Ainsi le « brodeur bleu » définit Delphine Aubert.

D’Auchan à La-Forêt-Fouesnant

La Forestoise d’adoption née à Alençon – elle a grandi en région parisienne et effectué ses études à l’université Dauphine puis par correspondance – et le Quimpérois se sont rencontrés lors d’un stage que donnait P. Jaouen à… Paris. Elle s’inscrit ensuite à son École de broderie d’art qui a pris ses quartiers à Locmaria, le cœur historique de la capitale de la Cornouaille.

Leur première collaboration date de 2018, «  je voulais associer deux artistes à mon travail » explique le brodeur. Naît l’exposition Luskan (faire ensemble en breton). Et une association originale, « Michel Costiou a peint des pièces que j’ai brodé, Delphine Aubert les a monté sur un fauteuil ». Un Voltaire.

Son bac+5 en industrie agroalimentaire et marketing en poche, Delphine Aubert a quitté Paris pour Villeneuve-d’Ascq et créé le service packaging d’Auchan pour ses produits à marque de distributeur. « J’y ai fait l’apprentissage de la technique de l’impression, de la couleur, du marketing visuel, j’ai appris à être efficace » commente D. Aubert.

Trois enfants plus tard, elle arrive dans le sud-Finistère avec son époux, nommé pour diriger une entreprise. Avant de partir deux ans au Luxembourg. « Là-bas, j’ai pris des cours de tapisserie » explique-t-elle. Pas vraiment un hasard. « Ma grand-mère m’a appris le tricot à six ans, j’ai hérité de sa machine à coudre, de ses vieux fils. Tante et cousine sont couturières, ce sont des choses que j’ai toujours vu » retrace-t-elle. Retour à La-Forêt-Fouesnant en 2009.

Une clientèle bretonne, parisienne, new-yorkaise

« Je me posais 36 000 questions. Comment faire un métier de la tapisserie ? La cohérence par rapport à avant ? » se remémore Delphine Aubert. Les réponses viendront d’une formation organisée par Entreprendre au féminin, « à l’issue tout s’est mis en place, j’étais sûre de créer L’atelier d.. J’ai investi tout de suite dans une collection de tissus. Pour moi, c’était important ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’atelier d. 

12, allée des Pommiers

29940 La Forêt-Fouesnant

www.delphineaubert.com

En 2012, l’ancienne responsable packaging devient autoentrepreneuse. Son atelier se spécialise dans la tapisserie d’ameublement, « je remets des sièges de famille au goût du jour. J’amène ma touche personnelle, je travaille toujours plus dans le contemporain, la couleur ». L’atelier d. ne fait que dans le haut de gamme, le sur-mesure, «  sauf pour les premiers clients ».

Le bouche-à-oreille fonctionne, « ça roule tout seul » en sourit-elle. Delphine Aubert refait sept à huit fauteuils par mois. Sa clientèle est composée à 70% de particuliers. Beaucoup de Bretons mais aussi de Parisiens en vacances. « Depuis trois ans, je vais deux fois par an à New York, cela pourrait être beaucoup plus » annonce-t-elle. «  J’ai une activité à temps plein, régulière » affiche-t’elle avec un chiffre d’affaires de 40 000 euros, en « progression de  5 % à 10 % par an ».

L’atelier d. haute couture : Pascal Jaouen, Jean-Paul Gaultier, Hermès…

« J’ai eu l’idée de réaliser un fauteuil à l’image de Pascal Jaouen. De reprendre le coquillage qui lui est emblématique. Je lui ai donné un format et il a tout brodé au crochet de Lunéville, il ne savait pas ce que j’allais faire. Je voulais casser tous les codes de la tapisserie traditionnelle, de la broderie traditionnelle ».

C’est ce bridge des années 50, «  un fauteuil de ma grand-mère », très blanc, un peu fauve avec «  de vrais coquillages ramassés par Pascal Jaouen, des perles, des paillettes, une fausse fourrure de la maison Pierre Frey pour l’assise » qui a été récompensé à La Gacilly au concours Bretagne des Ateliers d’Art de France. « Ce n’est pas son truc de faire un concours, que Pascal accepte a été vraiment sympa. C’était de la pure création, la représentation du savoir-faire français et des métiers d’art » s’amuse la tapissière.

Prochain rendez-vous en septembre pour le concours national lors du salon Maison et Objet. Mais l’aventure ne s’arrête pas là. Delphine Aubert a créé L’atelier d. haute couture. Après le fauteuil Pascal Jaouen, le « bigood » inspiré de Jean-Paul Gaultier et de ses « sulfureuses » créations autour de la coiffe bigoudène. À venir, un fauteuil Hermès.